1Définition et enjeux
L'hôpital est un milieu à haut risque : chaque acte de soin peut générer un événement indésirable.
La gestion des risques transforme cette réalité en démarche organisée de sécurité des patients.
Gestion des risques
Démarche organisée et systématique visant à identifier, analyser, hiérarchiser, traiter
et évaluer les risques liés à l'activité de soins, afin d'assurer la sécurité des patients, du personnel et de l'établissement.
Identifier→
Analyser→
Hiérarchiser→
Traiter→
Évaluer
Point d'examen : la gestion des risques s'inscrit dans la démarche qualité de l'établissement
(projet qualité et sécurité des soins du PEH) et alimente l'accréditation conduite par la HAS (loi 07-22).
2Typologie des risques hospitaliers
| Catégorie | Exemples |
| Risques cliniques | événements indésirables liés aux soins (EI, EIG, EPR) |
| Risques infectieux | infections nosocomiales (IN) — voir cours 35 |
| Risques médicamenteux | erreurs de prescription, de dispensation, d'administration |
| Risques techniques | panne de matériel biomédical, défaut de maintenance |
| Risques professionnels | AES (accident d'exposition au sang), TMS (troubles musculo-squelettiques) |
| Risques environnementaux | incendie, inondation, coupure d'énergie |
3EI, EIG, EPR : les trois définitions à ne pas confondre
EI — Événement Indésirable
Tout événement défavorable pour le patient, consécutif aux stratégies et actes de diagnostic, de traitement ou de prévention.
EIG — Événement Indésirable Grave
EI entraînant le décès, la mise en jeu du pronostic vital, une séquelle ou anomalie permanente,
ou la prolongation de l'hospitalisation.
EPR — Événement Porteur de Risque
« Presque accident » : événement qui n'a pas atteint le patient mais qui aurait pu provoquer un dommage.
Il révèle une faille du système avant l'accident.
Piège classique : l'EPR n'atteint jamais le patient — c'est ce qui le distingue de l'EI.
Un EI devient EIG uniquement selon la gravité des conséquences (décès, pronostic vital, séquelle, prolongation d'hospitalisation).
Exemple : une infirmière prépare une dose de morphine 10 fois trop forte, mais l'erreur est
détectée avant l'injection lors du double contrôle → EPR. Si le patient l'avait reçue et avait été transféré
en réanimation → EIG.
4Les outils : a priori vs a posteriori
Outils a priori (avant l'accident — prévention)
| Outil | Principe |
| Cartographie des risques | inventaire et hiérarchisation des risques par processus, avant tout incident |
| AMDEC | Analyse des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de leur Criticité — coter chaque défaillance possible (fréquence × gravité × détectabilité) |
Outils a posteriori (après l'événement — analyse et retour d'expérience)
| Outil | Principe |
| ALARM | méthode d'analyse approfondie des causes d'un EIG (facteurs liés au patient, aux tâches, aux soignants, à l'équipe, à l'environnement, à l'organisation, à l'institution) |
| RMM | Revue de Mortalité-Morbidité : analyse collective et rétrospective des décès et complications |
| CREX | Comité de Retour d'EXpérience : analyse mensuelle d'un événement choisi et suivi des actions correctives |
Point d'examen : AMDEC et cartographie = a priori (on anticipe) ·
ALARM, RMM et CREX = a posteriori (on analyse ce qui s'est produit). Cette distinction est une question récurrente.
5La pyramide de Heinrich
La pyramide de Heinrich (sécurité industrielle, transposée à l'hôpital) montre que les accidents graves
reposent sur une masse d'incidents mineurs et d'actes à risque :
1 accident grave←
29 accidents mineurs←
300 incidents (presque accidents)←
Milliers d'actes à risque
Conséquence pratique : déclarer et analyser les EPR et incidents mineurs (la base de la pyramide)
permet de prévenir les accidents graves (le sommet). D'où l'importance d'une culture de déclaration non punitive.
6Le circuit de signalement
- Déclaration de l'événement par tout professionnel (fiche de signalement, sans sanction) ;
- Enregistrement et priorisation par le gestionnaire des risques / la cellule qualité ;
- Analyse des causes (ALARM, RMM, CREX selon la gravité) ;
- Plan d'actions correctives et préventives ;
- Suivi et évaluation de l'efficacité des actions (indicateurs, retour aux équipes).
Rôle de l'infirmier : premier maillon du signalement — déclarer tout EI/EPR observé,
participer aux RMM et CREX de son service, appliquer les barrières de sécurité (double contrôle, check-lists, identitovigilance).
Sources officielles : OMS — Sécurité des patients (Plan d'action mondial 2021-2030) ·
Ministère de la Santé et de la Protection Sociale — démarche qualité et sécurité des soins · loi 07-22 (HAS, accréditation) · sante.gov.ma.
7Fiche flash — à mémoriser
L'essentiel en 60 secondes
- Démarche : Identifier → Analyser → Hiérarchiser → Traiter → Évaluer.
- EI : événement défavorable au patient · EIG : décès, pronostic vital, séquelle, prolongation d'hospitalisation · EPR : presque accident, n'atteint pas le patient.
- A priori : cartographie des risques, AMDEC (défaillances × criticité).
- A posteriori : ALARM (analyse d'EIG), RMM (mortalité-morbidité), CREX (retour d'expérience).
- Pyramide de Heinrich : 1 accident grave ← 29 mineurs ← 300 incidents ← milliers d'actes à risque.
- Culture sécurité : déclaration non punitive + analyse systémique (pas de recherche de coupable).